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Durant un week-end, nous avons réfléchi entre éducateurs, enseignants et parents, sur la place de l'accueil dans la relation éducative. Sur la base de la description bouddhiste de notre fonctionnement psychologique, différentes attitudes nous ont semblé déterminantes pour améliorer l'accueil tout en prenant en compte l'évolution rapide des contraintes sociales actuelles.
Les contraintes actuelles Actuellement, le rapport de l'enfant à l'autorité dans la famille et à l'école évolue rapidement. Les élèves qui se mettent en rang et qui rentrent deux par deux quand la cloche sonne, ce n'est plus très courant de nos jours. Il y a d'autant moins de repères dans la famille et à l'école que l'audiovisuel habitue les adolescents à quelque chose qui bouge : de fait, ils développent des dispositions mentales différentes des nôtres. De plus, ce qu'ils découvrent en dehors de l'école est beaucoup plus ludique, beaucoup plus intéressant et peut-être plus utile ! Dans ces conditions, le cours magistral devient un exercice difficile. Le rapport à la connaissance est devenu problématique. Autrefois, nous comprenions implicitement pourquoi nous allions à l'école. La question est maintenant de savoir comment stimuler l'envie d'apprendre. L'enseignant est alors victime d'une injonction paradoxale : transmettre le contenu d'un programme dans un temps donné et intéresser un ensemble d'élèves souvent sans réelle motivation et perturbé par des tensions émotionnelles d'origines diverses. Soit leurs différents besoins telles que les besoins physiologiques ou de sécurité, pour les plus vitaux, ne sont pas satisfaits dans l'école, soit ces jeunes sont perturbés par des difficultés d'origine extra-scolaire. De plus, nous répondons au besoin d'estime de l'adolescent principalement en terme de réussite scolaire ; quand la date des examens approche, tout le monde ressent la pression engendrée par cette tension vers la réussite.
Vers une relation éducative créative Le monde a donc énormément changé ces dernières décennies, plus vite et plus profondément peut-être que notre vision, d'où la nécessité de nous interroger d'abord sur nous-mêmes. Dans le dharma, notre première démarche est de questionner nos croyances, c'est à dire la manière dont nous percevons le monde et nous-mêmes. Nous sommes construits à partir de représentations et d'habitudes mentales, issues de nos tendances, de notre éducation, de nos croyances et de nos choix éthiques. Si nous ne mettons pas en question cette façon de voir le monde, notre vision sera pour nous la seule vision du monde possible et pour toujours. Lorsque nous sommes déçus, c'est que nous avions des attentes et la déception nous le prouve, car elle invalide nos illusions. Apparaît alors un sentiment d'impuissance et de frustration qui nous permet de voir ces illusions, de les lâcher et d'être plus en accord avec la réalité. Aussi longtemps que nous n'accepterons pas la situation, nous ne pourrons rien en faire. Ainsi, accueillir l'autre avec bienveillance suppose de l'accepter tel qu'il est. Nous oublions parfois que nos réactions immédiates et nos jugements occultent cette bienveillance. L'accueil bienveillant est sans condition, sans attente et sans projet. Enfin, est-ce que j'autorise l'enfant à se tromper et comment ? L'erreur est le ferment de l'éducation car si on ne se trompe pas, on n'apprend pas. Autrefois, l'erreur était sanctionnée, mais aujourd'hui elle devient un outil de progression et la base de tout apprentissage. Acceptons de nous tromper et acceptons les erreurs des autres malgré la frustration que cela engendre.
L'attitude juste Du point de vue du dharma, l'insatisfaction est inhérente à notre condition d'être humain. Le but n'est pas de se battre contre la frustration et la souffrance afin d'atteindre quelque chose du domaine de l'idéal, de la perfection ou du bonheur, car c'est cela qui génère une insatisfaction durable. Il est nécessaire d'abord de lâcher notre saisie et nos présupposés sur la situation et de ne pas la réduire à notre seul jugement. L'attitude bienveillante est fondée sur l'idée que, au-delà de cette insatisfaction, nous sommes fondamentalement riches, nous pouvons nous permettre de lâcher prise : entre la culpabilité et la fatalité et malgré nos tendances, un travail est à faire lorsque nous rencontrons nos limites. La bienveillance consiste à trouver l'attitude juste par rapport aux situations. Pour être disponibles face à l'émotion de l'autre et à ses attentes, nous allons développer une meilleure connaissance de nos propres processus émotionnels. D'après le bouddhisme, nous sommes dans l'ignorance de notre véritable nature et, par besoin de sécurité, nous établissons notre territoire selon trois modes : l'attachement, l'indifférence et l'aversion. Dans notre relation aux autres, nous récupérons tout ce qui confirme notre territoire et nous écartons tout ce qui le menace. Si nous sommes irrités ou en danger, nous prenons un objet extérieur comme cible de notre insatisfaction : l'autre ou le système. Quant à l'indifférence, elle nous protège, en maintes situations, de toute remise en question. Le travail sur soi consiste donc à reconnaître ces différentes tendances pour les transformer, ce qui rentre dans le cadre d'un projet d'éveil : agir et interagir pour progresser nous-mêmes et aider les autres. Si nous ne prenons pas conscience des jeux émotionnels qui sont en œuvre dans la relation, celle ci va devenir confuse. C'est cette présence à l'élève qui nous aide à voir nos émotions pour les transformer. Elle sert aussi à éduquer, à former, à établir une relation qui soit éducative pour l'élève. Cette bienveillance accomplit les deux bienfaits : envers nous-mêmes, en devenant conscients de nos émotions, de nos limites et de nos processus de transformation, et envers les autres, en leur donnant un cadre nécessaire à leur éducation et à leur développement. Chacun établit alors une relation d'accueil qui lui est personnel.
Les conditions de l'accueil Nous comprenons que l'accueil demande de la patience, de la curiosité et du temps : pour résumer, de la disponibilité. Prendre le temps diminue les risques d'adversité, de conflits et de violence avec les élèves. De plus, l'accueil doit s'inscrire dans un cadre, sinon il ne peut pas y avoir de relation viable. Le cadre, une fois posé explicitement, permet une forme de liberté et de sécurité dans la relation. Proposer des choix dans ce cadre induit une libre participation de tous. Le contrat de vie, l'ensemble des règles de vie dans l'établissement peut être construit conjointement par les élèves et l'équipe éducative, dans le projet d'établissement par exemple. Ce sont des directives de l'Education Nationale réalisables dans le cadre de l'accueil chaque début d'année scolaire. Ainsi, l'Education Nationale propose de très bonnes idées, des projets nouveaux et intéressants, mais sa façon de les transmettre est parfois maladroite. On prône la concertation, mais cette idée est en quelque sorte imposée. Il est nécessaire que les gens s'approprient un projet, par la rencontre et la discussion ; c'est un apprentissage : celui de la communication. C'est ainsi que, de plus en plus souvent, tout le monde se réunit et discute, durant une matinée ou une journée, pour réfléchir à l'école, à l'accueil et à ce que les élèves et les professeurs aimeraient faire en collaboration. Préparer le premier jour de la rentrée scolaire, le simple accueil de la première heure ne semble pas grand chose, mais cela a des implications pour le reste de l'année. Au lieu de faire remplir une fiche qui témoigne parfois d'une situation de famille difficile pour l'élève, le professeur peut très bien se présenter lui-même, présenter sa discipline, le programme, puis, à partir de photos par exemple, demander aux élèves : "Prenez une photo qui vous attire et dites-nous pourquoi vous l'avez choisie." Lier connaissance lors de la première rencontre apparaît comme déterminant pour construire une relation satisfaisante et durable.
Patience Une des qualités privilégiées chez l'enseignant pour construire une situation d'accueil enrichissante est la patience. La patience ne consiste pas à subir l'insatisfaction passivement, mais à développer l'intelligence de la situation. De l'aide est parfois nécessaire pour accéder à cette conscience juste. En nous comprenant nous-mêmes, nous sommes amenés à comprendre ce que vit l'autre et il y a un espace pour la patience : il y a moins de peur, moins d'impatience et de pression. Etre patient signifie alors : ne pas avoir peur d'être ébranlé et de se faire surprendre. Le Bouddha enseigne qu'il peut être plus sage de laisser sa chance à la situation plutôt que d'agir sous le coup de l'émotion ; donc, prenons un moment avant de réagir. Lorsque nous sommes en colère, essayons de reconnaître le vrai motif. Ce qu'il faut lâcher, c'est notre manque de patience, sinon nous allons essayer de nous défaire de la colère avec colère. Si nous mettons la bienveillance au cœur de la relation, nous avons déjà un peu plus d'espace pour respirer et pour accueillir. Il nous faut d'autant plus de patience que nous préparons l'école de demain pour les générations futures. Mais ne nous fâchons pas quand, parfois, malgré tous nos efforts pour l'accueillir, un élève préfère regarder par la fenêtre un oiseau qui vole dans le ciel. Réflexions :
Améliorer l'accueil dans le système éducatif - Redéfinir l'éducation ? - L'esprit créatif - Revenir à l'essentiel Prévenir les violences à l'école - entendre celui qui m’écoute - De bonnes raisons de vivre la peur - La relation éducative Rencontres : A l'ecole des mères - La violence à l'école - Savoir pour mieux s'interroger - Le théâtre à l'école - Rencontre avec Anne - Rencontre avec la maman de Karmapa
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