Dans le cadre de " A l'école du bodhisattva ", quelques enseignants se sont retrouvés autour de lama Puntso, lama Dordjé Puntso et anila Tcheuying, pour réfléchir, écouter et partager leurs réflexions sur le thème de " la communication et le dharma ". Cette rencontre s'adressait aussi bien à des professeurs bouddhistes que non-bouddhistes. Voici quelques-uns des sujets qui ont été abordés :

Le traditionnel schéma de la communication consiste en l'envoi d'un message d'un émetteur vers un récepteur au moyen d'un code partagé, verbal ou non-verbal. Le décodage de ces messages passe certes par la maîtrise du code commun, mais est également associé pour une large part, à nos habitudes culturelles, nos systèmes de références personnels et la nature de nos émotions.

En effet les fonctionnements mentaux sont largement conditionnés par nos émotions, constituant une sorte de filtre, et c'est au travers de ce filtre que nous construisons notre représentation du monde et des autres. Or cette vision des situations, des évènements, engendre bien souvent de nombreuses difficultés de communication, à l'origine de bien des conflits. Une meilleure connaissance de ces mécanismes permet d'aborder la communication avec une dimension de compréhension beaucoup plus vaste.

Pour un professeur la note est un moyen d'évaluation institutionnalisé et communément utilisé. Elle est souvent vécue comme une contrainte aussi bien par l'enseignant que par l'élève. Comment, dans ce cas, développer une véritable communication entre l'élève et son professeur, sans que la note soit interprétée comme une sanction, un pouvoir de l'un sur l'autre ou pire, un jugement ?

Si l'évaluation est indispensable, il convient d'en percevoir la juste finalité afin d'être à même de l'expliquer clairement à l'élève, de lui exposer les modalités du contrat. Il s'agit bien de faire, à un moment donné, un bilan des connaissances et des compétences de cet élève. Cette dimension réflexive de l'enseignement est nécessaire pour chacun, sinon comment saurait-on où l'on en est ? Comment pourrions-nous alors envisager des remédiations adaptées ?

Cela signifie qu'il faut soi-même s'interroger sur ses propres représentations de l'évaluation et prendre conscience, qu'en dépit de critères dont l'on essaie toujours de définir l'objectivité, l'on est également soumis a des a priori, des façons de percevoir les événements qui peuvent nous entraîner à émettre parfois un jugement sur l'élève. C'est à ce stade de la réflexion qu'il convient de poser le cadre d'une attitude juste et professionnelle. C'est à dire qu'il faut avoir présent à l'esprit que notre appréciation d'un travail, d'une situation, d'un élève, peut être "parasitée" par nos émotions et que notre analyse peut être un peu systématisée voire même erronée. Nous ne devons pas oublier qu'il existe une différence entre des attitudes et des paroles qui signifient un jugement et les mêmes actes qui traduisent une appréciation professionnelle. En ce sens il importe de travailler sur ses propres émotions afin d'être en mesure d'identifier réellement l'origine de nos réactions si l'évaluation s'avère négative ou bien encore en cas de conflit.

S'il est important que le professeur mette toutes ses connaissances, tout son savoir-faire au service de la réussite des élèves, il doit le faire en espérant bien sûr les progrès de l'enfant, mais il ne doit pas attendre forcément un résultat immédiatement à la hauteur de son investissement. Il doit en quelque sorte "faire son deuil" de l'élève idéal qui tirerait obligatoirement parti de ses interventions. Cela évite qu'un surinvestissement soit à l'origine de grandes déceptions et que l'on nourrisse une forme de "rancœur" vis à vis de l'élève. L'on peut faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider un élève, mais en aucun cas l'on ne peut décider d'apprendre à sa place. Il a donc sa part de responsabilité dans ses apprentissages.

En essayant d'appréhender les situations selon ces perspectives, l'enseignant peu adopter, même dans la fermeté, une attitude bienveillante et généreuse. C'est parce que sa motivation profonde est entièrement tournée vers le don de son enseignement à l'élève qu'une véritable communication peut prendre place.

 



Réflexions :