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Il n’est pas de discipline des sciences humaines qui ne se soit penchée sur le thème de la communication. De la sociologie aux neurosciences, de la psychologie à l’anthropologie, toutes se sont intéressées aux processus en jeu dans les relations que les individus sont amenés à construire au cœur de leur pratique professionnelle ou dans leur vie privée. Mais comment se fait-il qu’à l’ère de la communication, à la lumière des études effectuées et des thérapies développées, de nombreuses personnes expriment un mal-être croissant dans un domaine qui semble a priori naturel et spontané ? Pourquoi témoignent-elles de ressentis traduisant la solitude, l’isolement ou l’exclusion ? La communication en questions Le séminaire d’été 2004, intitulé « Entendre
celui qui m’écoute », a vu le jour à l’issue
des nombreux constats effectués lors de stages proposés
par « a l'école du Bodhisattva » depuis son origine.
Les participants dénoncent régulièrement l’absence
ou le manque de communication, cherchant des espaces de parole pour se
faire entendre et essayer de comprendre les dysfonctionnements rencontrés
dans les relations familiales ou professionnelles. Les préoccupations
manifestées se rejoignent toutes autour des difficultés à être écouté et
entendu, c’est-à-dire à se faire reconnaître
au travers de ce que l’on exprime, ce qui génère évidemment
de nombreuses frustrations et insatisfactions. Les démarches thérapeutiques,
utiles et bénéfiques, semblent améliorer la capacité à faire
face à des situations difficiles, mais montrent parfois leurs
limites. Durant ce séminaire, nous avons voulu inscrire ce questionnement
dans la perspective des enseignements du Bouddha tout en nourrissant
notre réflexion des théories développées
par les sciences humaines. De manière générale, face à un problème relationnel, nous avons tendance à fonctionner toujours de la même façon. Nous focalisons notre attention sur celui-ci pour essayer de le résoudre, mais nous en oublions l’environnement extérieur et intérieur. Cette tendance prend naissance dans le désir profond de l’homme de trouver un bonheur parfait et durable. Cette orientation de notre esprit est, selon les enseignements du Bouddha, nourrie et entretenue par une erreur de perspective : nous croyons que pour trouver le bonheur, nous devons rejeter la souffrance. Et c’est ce qui motive notre volonté de résoudre toutes les difficultés rencontrées pour établir une communication enfin parfaite ! Pour le Bouddha, si nos fonctionnements sont animés par l’espoir et la crainte, la reproduction de la souffrance semble inéluctable. En résumé, la recherche d’une communication parfaite et le rejet de tout ce qui semble la perturber seraient eux-mêmes générateurs de souffrance. Selon cette vision, nous devrions commencer par accepter que la souffrance soit inhérente à notre existence actuelle. Il ne s’agit pas pour autant de subir cette souffrance en s’abandonnant au découragement, il faut plutôt l’accepter et travailler avec elle. Pour lâcher prise sur cette croyance en une communication idéale, nous allons prendre conscience de nos propres responsabilités à l’égard de ce processus.
Ainsi, ce que nous vivons, ce que nous éprouvons, nous en avons créé les causes, nous en sommes responsables : c’est le sens de la notion de karma. A travers les difficultés expérimentées, nous sommes confrontés à nos propres responsabilités. Il faut donc s’interroger sur ce que nous engendrons lorsque nous sommes en situation de communication car nous sommes impliqués aussi bien dans le message que nous voulons transmettre que dans la réponse que cela provoque. Ce n’est pas seulement l’autre qui est fautif dans le dysfonctionnement d’une relation. Interrogeons-nous sur nos attitudes et sur les motivations qui sous-tendent nos relations aux autres. Cette investigation permet de trouver en nous-mêmes les origines d’une communication insatisfaisante. La réflexion centrée sur la motivation est primordiale dans le cheminement bouddhiste. Le rapport au temps Toute communication s’inscrit dans l’altérité mais aussi dans le temps et il nous est pénible de travailler avec cette réalité car rien n’est stable dans la durée. La rupture d’une relation harmonieuse est douloureuse, nous supportons difficilement le changement dès lors qu’il conduit à une frustration. Aussi sommes-nous tentés d’éviter la souffrance et de mettre tout en œuvre pour que les choses ne changent pas ou pour que tout redevienne comme avant. Inversement, si nous subissons une situation pénible, nous nous sentons victimes de circonstances qui semblent irrémédiablement figées car nous ne savons pas développer la patience nécessaire pour accompagner leur évolution. L’impermanence coupe court à toute idée de pérennité. Nos cadres de référence Du point de vue du
Bouddha, les rapports qu’entretiennent les
individus entre eux se traduisent ainsi : tout ce que nous connaissons
provient de notre interprétation de la réalité en
fonction de nos capacités et de nos perceptions. Autrement dit,
notre éducation, notre culture, nos expériences constituent
ce qu’il convient d’appeler un cadre de référence. Les émotions Au cœur de la communication réside la dimension émotionnelle. Face aux autres, nous communiquons sans arrêt, de manière verbale ou non. Le silence peut contenir bien des émotions même si elles ne sont pas exprimées. Un expert en communication est lui-même tributaire de la peur et de l’espoir : peur de ne pas être compris, apprécié ou reconnu, et espoir que la relation apporte les effets escomptés. Que la communication fonctionne ou non, plusieurs émotions peuvent surgir, que cela soit l’orgueil, le désir, la colère, la jalousie ou enfin l’indifférence qui correspond à l’anesthésie de notre perception de certaines zones de la réalité que nous désirons éviter. Nous comprenons aisément comment ces émotions peuvent rendre difficile sinon empêcher la communication. Pour désamorcer les effets perturbateurs de l’émotion, nous devons d’abord prendre conscience de sa présence lorsqu’elle s’élève, et non après coup comme c’est souvent le cas. Il faut ensuite désirer effectuer un travail avec elle pour en comprendre la nature et les desseins ; ceci nous permettra de ne plus être complètement dominé par le jeu des émotions et d’établir une communication plus juste et plus saine. Dans la voie bouddhiste, ce travail est au cœur de la pratique spirituelle et concerne autant le comportement que la motivation et la vision de la réalité. Quelques pistes Si nous tentons une définition, la communication juste est celle qui est utile et bénéfique pour nous-même et pour les autres. La mise en place d’une telle communication requiert en premier lieu de la vigilance pour prendre conscience de ce qui se joue dans la relation. Etre conscient consiste à percevoir nos émotions et nos tendances à l’œuvre dans la communication et à être attentif et vigilant sur ce que nous transmet l’autre. D’autres conditions nécessaires à une bonne communication ont été dégagées à l’issue de ce séminaire :
Pour mettre en œuvre ces conditions, le Dharma nous incite constamment à revenir à nous-mêmes en arrêtant de penser que la source du problème est à l’extérieur. L’enseignement du Bouddha nous suggère de nous intéresser aux causes de nos comportements négatifs si nous voulons évoluer en profondeur et d’essayer de percevoir la situation dans son ensemble sans nous limiter à une vision particulière et personnelle. C’est tout cela qui nous permettra progressivement de mieux entendre celui qui nous écoute. Pour conclure, comme
le rappelle régulièrement Jigmé Rinpoché,
si nous ne prenons pas en considération notre motivation dans
les actes de la vie quotidienne, nous perdons l’occasion d’évoluer
et d’améliorer non seulement notre existence mais aussi
celle des autres. Réflexions :
Améliorer l'accueil dans le système éducatif - Redéfinir l'éducation ? - L'esprit créatif - Revenir à l'essentiel Prévenir les violences à l'école - entendre celui qui m’écoute - De bonnes raisons de vivre la peur - La relation éducative Rencontres : A l'ecole des mères - La violence à l'école - Savoir pour mieux s'interroger - Le théâtre à l'école - Rencontre avec Anne - Rencontre avec la maman de Karmapa
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