• Vivre l'éthique, un processus vivant

L' attitude du bodhisattva consiste à se dire : " Je fais le serment d'arriver à amener tous les êtres à l'Eveil " ce qui est la source d'un réel bonheur. Le souhait d'atteindre l'Eveil pour le bien de tous les êtres est comme un serment, un engagement, un choix. Même si, au départ, on ne sait pas exactement ce que l'Eveil signifie, ni ce que sont tous les êtres, nous prenons l'engagement de développer cet état d'esprit : tous les êtres à l'Eveil. Même si nous n'avons pas la capacité d'accomplir maintenant le bienfait de tous les êtres, il est important d'établir ce but, on établit le fruit afin de prendre la direction juste et de fonder notre action sur la motivation juste. A partir de ce souhait, dans le quotidien, nous allons rencontrer nos failles et nos limites, nous allons nous rendre compte que l'élan initial ne peut être immédiatement mis en œuvre comme nous le voudrions.

C'est là que le chemin commence, nous allons créer les causes pour réaliser le souhait initial, pour faire vivre notre motivation de départ. Tous les êtres, sans aucune exception, ont le potentiel d'Eveil. L'attitude de la bodhicitta, consiste à se donner les moyens à soi et aux autres, de faire mûrir la graine. Dans la démarche du bodhisattva, il est important que la motivation soit cette intention d'Eveil. C'est une motivation qui permet d'intégrer tous les aspects de notre expérience, y compris évidemment l'élève impossible, la structure que nous percevons parfois comme lourde, tous les êtres que nous jugeons difficiles à accepter et à rencontrer. Cela nous donne une attitude juste, nous invite à poser un regard de bienveillance et clair sur les autres et les situations, afin de pouvoir réagir de façon adéquate pour soi et pour l'autre. Un enseignant qui est en chemin sur la voie du bodhisattva, développe une écoute qui est ouverte, et intégrante car elle permet d'être attentif à soi et à l'autre.

  • Qu'est ce que l'éthique ?

L' éthique part d'une prise de conscience. Nous réfléchissons sur ce que nous faisons, au pourquoi de nos actions et à leurs conséquences ce qui nous amène à faire des choix. Des choix tant avec le corps, que la parole et l'esprit. Ces choix sont fondés sur une attitude d'esprit qui va définir une éthique. Pour pouvoir agir de façon juste, nous avons besoin de points de repères et de références. L'éthique part donc d'un état d'esprit à partir duquel nous prenons des engagements, puis, l'engagement pris, nous nous entraînons à le préserver, à le garder. Prendre un engagement, est facile, le respecter l'est déjà beaucoup moins.

Avoir une attitude éthique suppose de faire des choix, or nous pouvons parfois avoir l'impression que ceux-ci limitent notre liberté. En réalité, c'est l'inverse, si l'on renonce à faire certaines choses, c'est pour être libre ! C'est le véritable sens de la liberté. Nous faisons des choix de vie, d'attitudes d'esprit qui vont nous amener à plus de clarté, plus de liberté et plus de bienveillance. En ce sens, l'éthique, dans le cadre du bouddhisme, n'est pas moral. En tibétain conduite éthique se dit "tsultrim" qui peut se traduire par " la règle de la réalité ". Cela veut dire que nous allons nous donner une attitude du corps, de la parole et de l'esprit qui va nous amener vers plus de clarté et qui va nous relier à la réalité, à la nature de l'esprit et à l'Eveil. Une chose est de dire " je souhaite le bienfait des êtres " et une autre est de se demander : " comment vivre cela au quotidien ? ". L'éthique du dharma nous en donne les moyens.

  • S'entraîner à cesser de nuire

La première étape proposée par le Bouddha est d'arrêter d'être nuisible. Nous sommes souvent agressants et envahissants. Nous avons un territoire que nous protégeons, le territoire de l'ego. Cela génère de l'attachement, de la colère et de nombreuses émotions perturbatrices qui parasitent notre activité et engendrent de l'insatisfaction. Le Bouddha nous invite à simplifier notre vie. Afin de nous libérer de nos entraves, il nous convie à des engagements au niveau du corps, de la parole et de l'esprit.

Dans une classe, le comportement éthique au niveau du corps suppose de cesser d'être violent et agressant au travers de nos gestes, des attitudes physiques. Sur le plan de la parole, il s'agit de s'entraîner à ne pas tromper les autres, de ne pas nuire par des paroles blessantes, de ne pas médire et de ne pas parler négativement des autres ni de perdre son temps en des paroles futiles. (Par futiles, nous entendons des paroles dites sans conscience et qui amènent à un moment ou à un autre à médire, à être blessants ou à mentir.) Au niveau de l'esprit, on s'entraîne à repérer les attitudes liées à l'attachement, ce qui est de l'ordre de la fascination ou à l'aversion, ce qui est lié à la colère, à l'irritation, afin de trouver une distance avec l'émotion. Pour être mis en œuvre, un tel engagement demande un entraînement, ce n'est pas parce que nous avons décidé d'arrêter d'être nuisibles que nous allons le devenir du jour au lendemain !

  • S'entraîner à mettre l'éthique en pratique

Pour mettre en œuvre les qualités dont nous venons de parler, il est important d'organiser la rencontre avec soi-même et dans un premier temps, il s'agit de s'occuper de nos négativités prédominantes. Il nous faut voir nos tendances les plus évidentes. Quelles sont nos tendances ? Est-ce plutôt l'agression, l'orgueil, la jalousie, ou plutôt l'attachement ? Les voir nous permet de mieux y faire face pour ensuite travailler avec les émotions et les habitudes plus subtiles. Nous avons, de toutes façons, tendance à chercher la tranquillité, c'est ainsi que la saisie égoïste fonctionne, aussi, l'élève difficile ou le collègue gênant, celui qui nous blesse, sont perçus comme des obstacles à notre tranquillité. Mais, ce sont eux qui sont comme un appel à la pratique, qui nous montrent ce qu'est notre orgueil, notre manque de patience ou notre colère. Les ennemis, ceux qui nous blessent, nos concurrents et ceux que nous n'aimons pas sont pour nous les personnes les plus intéressantes ! Il ne faut pas voir les points difficiles et les obstacles comme un empêchement mais au contraire, comme un appel à la pratique. Enfin, il faut nous entraîner à reconnaître l'émotion, y remédier et nous engager à ne pas être pris par elle. Ce n'est pas évident de reconnaître l'émotion mais l'entraînement aidant, cela devient de plus en plus aisé. L'émotion une fois reconnue, nous mettons en œuvre tous les antidotes enseignés par le Bouddha.

Progressivement, nous allons créer dans l'esprit de nouvelles habitudes. Nous allons nous rappeler régulièrement de nos engagements, et être capables de les mettre en œuvre en situation. Dans les situations d'urgence, difficiles, où l' élève nous semble plus qu'insupportable, nous pourrons utiliser ce rappel comme un soutien.

Une des particularités d'un professeur sur la voie du bodhisattva est d'avoir cette honnêteté de se regarder, de se voir et de souhaiter s'améliorer. Voir nos défauts est une qualité, car un défaut, une fois qu'il est vu, peut être transformé en qualité ! L'esprit est comme un miroir et l'éthique un des moyens de le garder clair et transparent, mais comme la poussière tombe sans cesse sur un miroir, nous endommageons sans cesse nos engagements. L'éthique est une pratique vivante, un entraînement dans lequel nous nous réajustons au fil des situations, un engagement à vivre au quotidien dans la rencontre avec soi-même et avec les autres. L'engagement est là pour nous réveiller et pour nous révéler nos limites afin de les dépasser. Il nous permet de mettre en œuvre notre motivation de départ.

 



Réflexions :