• La relation éducative, un processus bienveillant ?
    Echos du séminaire de l'A.E.B de juillet 2001


Le séminaire "A l'école du bodhisattva" s'est déroulé à Dhagpo Kagyu Ling à la fin du mois de juillet, et nombreux sont ceux qui ont demandé un résumé des interventions faites durant ces 5 jours. Un aspect de la relation éducative a été abordé : comment définir, dans la perspective de la voie bouddhiste, l'identité de celui qui éduque?

Parfois nous pouvons avoir le sentiment que tout va mal dans notre système éducatif, que les enseignants ne sont pas disponibles, que les parents sont trop envahissants, que les élèves ont tellement changé qu'il devient impossible de faire la classe, que la hiérarchie exerce tant de pression avec ses injonctions successives que rien n'est applicable sur le terrain, que les influences médiatiques jettent sans cesse le discrédit sur une profession qui, quoi qu'elle fasse, est toujours critiquée, que les enseignants ne peuvent pas exercer la pédagogie qu'ils souhaitent faute de moyens ou parce qu'il n'y a pas de véritables équipes dans l'école ou le collège … Les arguments ne manquent pas pour expliquer le nombre croissant de conflits qui sont rapportés régulièrement.

Pour tenter de comprendre les difficultés rencontrées par les différents partenaires de la relation éducative lors de ces conflits, il nous a semblé que l'une des causes du malaise pouvait provenir d'une forme d'ignorance à propos des rôles et des domaines de compétences de chacun. La psychologie bouddhiste nous a ensuite permis d'interroger plus en profondeur l'expression de ce malaise.

Nous qui éduquons, qui sommes-nous ?

La tension qui existe entre l'identité personnelle et l'identité professionnelle nous amène à nous poser certaines questions : qui est qui, qui fait quoi, et quelles sont les limites et la légitimité de nos actions ? En tant qu'enseignant, nous nous sentons parfois partagés face à certaines situations, appelés à répondre comme un psychologue, un assistant social ou un éducateur alors que ce n'est pas notre rôle. Par contre, de par notre fonction, il nous incombe la responsabilité de représenter une institution et d'incarner les valeurs qu'elle véhicule. Par ailleurs, l'expression des compétences qui nous permettent d'exercer notre rôle est porté par un légitime besoin d'affirmation de nous-mêmes. Du fait de cette situation, la culpabilité, entre autre sentiment, peut s'élever de l'impression que nous ne pouvons pas toujours donner aux apprenants l'accompagnement qui leur semble nécessaire, que cela vienne d'un manque de temps, de compétence ou de motivation, alors même que, de fait, nous ne pouvons pas répondre à toutes les situations. Il est donc important d'identifier les rôles de chacun pour que, dans les situations éducatives, nous puissions être le plus aidant possible selon nos compétences.

Cependant, même si nous parvenons à éclaircir notre domaine de compétence dans la relation éducative, nous ne sommes pas libres du jeu des émotions, source de nombreuses difficultés rencontrées dans notre activité. La psychologie bouddhiste présente l'être humain comme un être de sagesse et de confusion. Le Bouddha explique que l'esprit, sous l'emprise des émotions conflictuelles, s'enferme dans des habitudes mentales et, de ce fait, éprouve des difficultés à avoir une vision claire des situations.
Face aux événements, nous réagissons de trois façons :

- Il y a tout ce que nous aimons et qui confirme notre vision : un élève sans problème ou alors un élève qui pose question, un professeur sympathique ou plutôt un collègue polémique, un parent coopératif ou encore des parents qui ont besoin d'aide, un inspecteur compréhensif, etc.
- Il y a tout ce que nous n'aimons pas et que nous aimerions éviter : un enfant à l'origine de problèmes dans une classe ou des élèves trop sages, un professeur qui ne nous comprend pas ou les collègues trop consensuels, un parent qui ne veut pas se confronter au comportement de son enfant ou les parents trop absents etc.
- Et puis il y a tout ce qui nous est égal : il arrive que, dans une classe, un élève soit pour nous invisible, nous ne voyons pas une personne assise face à nous depuis des mois.
Bien évidemment, ces états d'esprit vont déteindre sur nos paroles et sur nos actes, même involontairement.
Cette vision de l'humain peut paraître simpliste mais elle est pourtant d'une grande utilité pour décrire les fonctionnements de l'esprit et la façon dont il se méprend lui-même. Le problème vient du fait que ces émotions (attachement, aversion et indifférence) ne sont pas toujours perçues, ce qui ne les empêche pas d'être actives, bien au contraire. Lorsqu'un élève nous irrite, lorsque nous apprécions un parent, nous pouvons essayer de regarder en nous-mêmes pour découvrir ce qui se cache derrière cette réaction immédiate.


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