|
|
De plus, celui qui éduque est nécessairement un modèle pour l'apprenant. Mais, à la recherche d'une réponse adaptée face à une situation, nous avons peur de ne pas être justes car l'attachement, l'aversion et l'ignorance viennent sans cesse perturber notre perception de la situation. Là encore, la valeur de l'exemple pourrait provenir d'une forme de lucidité sur nous-mêmes. Nous pouvons, par exemple, reconnaître les émotions qui surgissent lorsque, dans la relation à l'élève, nous ne sommes peut être pas ce que nous aurions voulu être ou lorsque les autres ne sont pas le reflet de nos attentes. Cette reconnaissance est d'abord pour nous une source d'apaisement et un moyen pour prévenir l'apparition de conflits inutiles. Ensuite, si cette reconnaissance est partagée avec les apprenants, elle devient une attitude inspirante qui les conduit vers des comportements plus lucides et bienveillants. Ainsi, les trois émotions
fondamentales peuvent être un moyen d'aller visiter les représentations
et les croyances qu'elles révèlent. Plus nous serons conscients
de ce qui nous motive, plus notre attitude sera juste. Dans le contexte
de la pratique du bouddhisme, cette démarche nous invite alors
à explorer notre être plus en profondeur encore. Support du travail personnel que nous effectuons pour apprendre à nous connaître, orientée par la contrainte de montrer l'exemple aux apprenants, notre quête d'identité est légitime mais à jamais inachevée à moins d'atteindre l'Eveil, c'est à dire de reconnaître la nature de l'esprit. Ainsi, les difficultés et la souffrance que nous rencontrons en chemin nous invitent à un travail avec les émotions et les habitudes mentales qui voilent cette nature. Il ne s'agit donc pas pour nous de séparer le travail spirituel et les remises en question dues à notre rôle d'éducateur mais bien d'intégrer les deux dans un même processus dynamique. Il est dès lors possible de reconnaître les situations éducatives comme autant d'invitations à une authentique pratique spirituelle sans nous dégager bien sûr de nos responsabilités professionnelles. Selon le Bouddha, nous sommes fascinés par les situations comme lorsque nous rêvons, et il nous propose dans ses enseignements de réveiller celui qui dort. Nous voulons résoudre nos problèmes à l'intérieur de ce rêve alors que nous expérimentons simplement l'expression de notre propre confusion ! Au lieu de nous confronter directement aux difficultés relationnelles que nous rencontrons, il semblerait plus judicieux de sortir des projections de notre esprit confus et donc de nous intéresser au projecteur lui-même. En effet, dans la confusion, nous croyons expérimenter des événements réels alors que nous réagissons simplement aux projections de notre esprit. Nous pouvons bien sûr essayer d'améliorer ce rêve, mais cela reste insatisfaisant car nous continuons de vivre sous l'effet d'une méprise fondamentale : nous ne voyons pas l'esprit tel qu'il est et nous ne comprenons pas que tout est issu de lui. De plus, ce rêve ne peut apporter qu'un bonheur transitoire car dépendant de causes et de conditions, et tôt ou tard, même si nous parvenons à améliorer notre situation, nous retomberons dans une condition insatisfaisante du fait de l'impermanence. Le chemin spirituel consiste donc à se défaire de toutes nos projections, de nos habitudes mentales et des voiles qui nous empêchent de reconnaître cette immense ouverture propre à l'esprit lui-même. Il serait dommage de limiter notre démarche à assainir les relations que l'ego établit avec l'environnement et avec lui-même, sans lui permettre de se libérer en profondeur. Tant que nous nous battons ou que nous essayons d'arranger les situations, notre démarche n'est pas véritablement spirituelle mais cette attitude peut nous procurer une stabilité suffisante pour continuer vers quelque chose de plus fondamental et de plus spirituel. Bien que nous n'ayons encore accès directement à cette dimension de l'esprit fondamental, de la bonté fondamentale, nous faisons le souhait d'y parvenir car c'est le but de notre démarche spirituelle et c'est le sens de la prise de refuge dans le bouddhisme. Il y a deux risques à prendre : le premier risque est celui d'accepter la dynamique du provisoire car les situations changent en permanence, particulièrement aujourd'hui dans le monde de l'éducation. L'autre risque à prendre est celui d'acquérir une certaine lucidité sur nous-mêmes en vérifiant la validité des habitudes de penser que nous entretenons à propos de nous-mêmes et des autres. Nos représentations sont la base sur laquelle s'établissent des relations de projections mutuelles et d'incompréhension, d'où l'importance, pour nous, de remettre en question nos points de vue ; c'est le point de départ qui nous permettra de faire de la relation éducative un processus bienveillant.
Réflexions :
Améliorer l'accueil dans le système éducatif - Redéfinir l'éducation ? - L'esprit créatif - Revenir à l'essentiel Prévenir les violences à l'école - entendre celui qui m’écoute - De bonnes raisons de vivre la peur - La relation éducative Rencontres : A l'ecole des mères - La violence à l'école - Savoir pour mieux s'interroger - Le théâtre à l'école - Rencontre avec Anne - Rencontre avec la maman de Karmapa
|
![]() |